Club Alpin Belge

Un peu d'histoire...


Dessin à l’encre du Général Howen – 21 avril 1821

Les Rochers des Grands Malades

 

Pourquoi "Grands Malades" ?

"Lorsque vous quittez Namur par la porte de St-Nicolas, vous suivez une charmante allée de tilleuls et vous apercevez bientôt à un quart de lieue de la ville une longue bande de rochers à pic dont la blancheur se reflète dans les eaux de la Meuse.  Au pied de cette masse nue et aride se dressent d'anciens bâtiments à l'aspect délabré" …C'était en 1848.

Il s'agit bien des rochers des Grands Malades.  Mais pourquoi ce nom ?

Est-il nécessaire de rappeler que la lèpre, dont les croisades favorisèrent la propagation, s'installa de façon endémique en Europe occidentale. Dès le XIIème siècle, celle-ci possédait des milliers de léproseries dont le but était bien plus d'éloigner et de séquestrer les malades que de les soigner. Il fallait éviter tout contact dangereux.

Le premier acte pontifical adressé à la léproserie, daté de 1210 (bulle d'Innocent III), atteste l'existence d'une maladrerie établie aux pieds des rochers dont question ci-dessus. En 1153, l'évêque de Liège vint consacrer "l'Eglise des Malades hors la ville". Il y avait d'autres institutions hospitalières hors la ville.  

C'est au XVIème siècle que moururent les derniers lépreux et la léproserie fut abandonnée. Avec le temps, de nombreux changement s'opérèrent. La chapelle subsista comme temple. Puis elle fut convertie en magasin de houille.

Le Conseil communal de Namur, en sa séance du 12 avril 1846, approuva la vente de la propriété des Grands Malades qui appartenait à ce moment à l'Hospice St-Gilles …"sous la condition expresse qu'il sera extrait hors de la chapelle, les monuments, tombes, pierres sépulcrales ainsi que les ossements qui peuvent s'y trouver pour être déposés dans un lieu convenable".

En 1852, lors des démolitions, le tombeau de Colars Jacoris, mort en 1395, fut transporté à l'Hospice St-Gilles (devenu parlement Wallon), où il est toujours visible dans la chapelle. C'est l'unique monument de sculpture médiévale qui subsiste à Namur.

Comme le laissent deviner de nombreuses gravures datant du XIXème siècle, le site devait être bien pittoresque puisqu'un édifice fut transformé en guinguette portant pour enseigne : "Aux Grands Malades, estaminet vend bierres et liqueurs". C'est d'ailleurs en face des rochers en bordure de la Meuse que prirent naissance les sports nautiques dans le Namurois.

 

L'ermitage de Saint-Hubert

Autour de la Ville de Namur furent érigés huit ermitages dont, celui dédié à Saint-Hubert, fut adossé au pied des rochers des Grands Malades. Il était composé d'une chapelle et d'une maisonnette entourées d'un petit enclos.Les habitants de la Ville de Namur avaient coutume de visiter sept de ces ermitages le jour du Jeudi Saint et plusieurs faisaient cet espèce de pèlerinage à jeun et à pieds nus (1886).

La chapelle de l'ermitage contint jusqu'à sept pierres tombales dont la plus ancienne était celle du père François qui mourut en 1362 et la plus récente: 1768.

Le dernier occupant de l'ermitage fut le frère Joseph qui mourut en 1815. Il mit au point un petit théâtre de marionnettes animées par un mécanisme sur une petite scène et qui mimaient la Passion. Le frère Joseph en était l'homme orchestre, faisait parler tous ces personnages avec des voix différentes et … chantait aussi bien que le coq. Ce spectacle unique se déroulait le lundi de Pâques et était annoncé en Ville par un crieur public. A la mort du frère Joseph, le théâtre de marionnettes fut transféré à la chapelle de la léproserie où des représentations eurent encore lieu.

En 1846, la Ville vendit les rochers ainsi que les bâtiments de la léproserie et de l'ermitage aux carriers qui entreprirent l'exploitation de la roche. Il ne reste plus rien de ces bâtiments d'époque, par contre, les vestiges industriels de cette exploitation s’offrent toujours à la vue des très nombreux passants qui entrent ou sortent de Namur.

En 1909 ...
En 1909

En 1913 ...
En 1913

Les grands bouleversements

(D'après P. DANDOY, "Les Grands Malades")

La construction de la ligne de chemin de fer Namur-Liège (mise en service le 1er août 1854) fut le point de départ de la détérioration du site. Proche des rochers, elle fut certainement le motif principal de la création des fours à chaux à la place du vieil ermitage. Ceux-ci allaient "dévorer" la plus grande partie de la falaise qui s'étendait à l'origine sur près de 500 mètres.

Les fours à chaux et les carrières des Grands Malades ont cessé leurs activités vers 1970.

Avant les travaux d'aménagement du site en vue de l'élargissement de la route de Hannut et la suppression du passage à niveau, tout un quartier a été rasé. Ce chantier n'avait rien à voir avec celui, bien plus important, qui fut réalisé dans les années 1980 en vue de la construction du pont-barrage-écluse et de l'échangeur routier que nous connaissons aujourd'hui. Cependant, ces premiers travaux ont entraîné la démolition d'un certain nombre de maisons où vivait une population ouvrière et paysanne.

Un quartier aujourd'hui disparu

D'importants vestiges de constructions, cachés en partie par la végétation et qui se trouvaient à la base des rochers ont été mis à jour lors des travaux d'aménagement. Certains abris sous roche avaient été aménagés en ateliers par des artisans. Tout a disparu sous les terres de l'échangeur routier...