L'historique du CAB

Nous sommes le 18 février 1883... Nos compatriotes, François Crépin, un botaniste éminent et Albert Dubois, avocat et écrivain, sont depuis longtemps membres du Club Alpin français. Leur cas n'est pas unique et ils ne l'ignorent pas. Aussi estiment-ils le temps venu de fonder en Belgique un club alpin national. Ils rassemblent quelques-uns de leurs camarades de montagne et fondent le Club Alpin Belge. Le premier local est établi au Jardin Botanique dont Crépin est le directeur.

Le Club comptera bientôt une centaine de membres. Parmi ceux-ci, le grand industriel Ernest Solvay, qui fera don à la communauté alpine d'un refuge perché sur la célèbre arête du Hörnli au Cervin.
De longues années se passent. Vers 1930, Xavier de Grunne, le dynamique secrétaire général du Club, fonde des sections dans la plupart des universités. Une première section régionale est fondée à Liège(1934) par René Mailleux et bientôt une autre à Namur (1936). Les sections du Hainaut (1960) et du Brabant (1964) naissent après la deuxième guerre mondiale. Les jeunes alpinistes belges, en quête de terrains d'entraînement, découvrent les rochers des vallées ardennaises : la Chandelle de Chaleux sur la Lesse, puis le rocher Bayard, la Chamia à Waulsort, la Longariesse, les rochers de Sy et Hotton sur l'Ourthe et surtout Freyr, ce site qui acquerra, vingt ans plus tard, une réputation européenne, ces falaises auxquelles les plus grands noms de l'alpinisme contemporain viendront se mesurer.

C'est Xavier de Grunne qui y ouvre la première voie : elle porte son nom : la fissure "Grunne". Nos prédécesseurs s'enhardissent : en 1931, ils parcourent le "Mérinos" et la "Familiale". En 1933, la "Jeunesse" et "l'Al'Lègne". Celle-ci a son histoire. D'abord, elle permet l'escalade du plus haut rocher de Belgique : 125 m. Ensuite, il importe de savoir que, parmi les plus acharnés pionniers de cette belle voie, on trouve le Roi Albert et son fils le Prince Léopold. 1932 voit la première expédition du Club Alpin Belge. Son objectif : le massif du Ruwenzori. Nos alpinistes réussiront la deuxième ascension des pointes Marguerite (5.125 m), Alexandra (5.105 m) et Hélène (5.050 m) et la première ascension de la dernière pointe vierge qu'ils baptisent Pointe Albert (5.200 m).

Après 1932, les jeunes des sections universitaires s'attaquent aux itinéraires classiques dans tous les massifs des Alpes, Aiguilles de Chamonix, Valais, Engadine, Oisans, Dolomites, Pyrénées, etc... L'alpinisme "sans guide" devient plus fréquent.
La guerre marque une interruption presque totale dans l'activité du Club.
En 1951, les frères Mallieux et Jacques Jongen participent à l'expédition franco-belge à la Cordillière Blanche au Pérou. L'alpamayo (6.100 m), et le Nevado Pisco sont gravis pour la première fois.
En 1961, l'expédition au Groenland se terminera tragiquement par la mort de quatre de nos meilleurs alpinistes.
Au début des années soixante, une nouvelle génération de grimpeurs a rejoint le Club : les Jean Alzetta, André Capel, Jean Bourgeois et Claude Barbier, qui deviendra un des plus brillants varappeurs solitaires des Dolomites.
A la même époque, des sections régionales sont fondées à Anvers, Charleroi et Bruxelles. Des camps de montagne s'organisent aux Houches près de Chamonix, en Oisans, en Suisse, qui familiariseront nos grimpeurs avec les techniques de progression en haute montagne.

Bientôt, les plus difficiles itinéraires des Alpes seront parcourus par les meilleurs d'entre eux.
A partir de 1974, de nombreuses expéditions partent à la conquête des sommets dans tous les coins du monde : dans les Andes au Pérou, au Chili, en Patagonie, dans les Montagnes Rocheuses du Nord Canada et de l'Alaska, en Afrique, au Ruwenzori et au Mont Kenya, au Caucase et au Pamir et même en Nouvelle Guinée.
Enfin en 1982, dans l'Himalaya, un sommet de 8.000 mètres, le Dhaulagiri, est atteint par des Belges.

Ces dernières années, avec l’essor de l'escalade libre, la haute difficulté a également trouvé sa place sur nos falaises. Des centaines d'itinéraires modernes ont été équipés tant à Freyr que sur les autres massifs gérés par le CAB.
Enfin, récemment, notre Club a fait le pas qui lui a permis de pénétrer dans l'ère de la compétition d'escalade qui trouve de nombreux adeptes parmi les jeunes pratiquants.

Et l'histoire continue. Les héros médiatisés d'aujourd'hui sont aussi des grimpeurs et le CAB est fier de compter sur eux, que ce soit dans les compétitions de la Coupe du Monde, du Championnat de Belgique ou des autres compétitions organisées par les salles d'escalade.
En dehors de cet aspect "compétition" qui s'est distancié de l'éthique ou de la mentalité d'autrefois, le Club Alpin Belge reste avant tout une association ouverte à tous les pratiquants et s'efforce de leur apporter un environnement équilibré pour la pratique de l'escalade, de l'alpinisme et de la randonnée.