L’edelweiss et la gentiane : deux divas aux destins contrastés

Avez-vous déjà porté attention à l’environnement alpin et plus particulièrement à sa flore? Connaissez-vous ne fût-ce que les plus caractéristiques et les plus communes des plantes qui parent nos montagnes ?

Il y a l’edelweiss, bien évidemment ! Cette petite plante dont les jolies fleurs sont connues de tous fait l’objet d’une sorte de dévotion, surtout en Suisse où elle constitue presque un emblème national. En fait, elle n’est pas vraiment rare et on la rencontre assez fréquemment un peu partout, entre 1 000 et 3 000 mètres d’altitude, dans les Alpes et les Pyrénées, essentiellement dans les prairies et les vires rocailleuses, de préférence calcaires (et surtout pas trop fréquentées !) En plus de sa valeur emblématique, elle a quelques propriétés médicinales de sorte qu’elle est cultivée massivement pour l’industrie du cosmétique. Elle est aussi très fréquemment plantée dans les jardins dont elle s’échappe inévitablement de sorte que les plantes que vous rencontrerez dans la nature à proximité de lieux habités n’y sont pas forcément d’origine.

Accessoirement, l’edelweiss (Leontopodium alpinum Cass.) est une astéracée du genre Leontopodium qui n’est représenté en Europe que par cette seule espèce. Vous ne risquez donc pas de vous tromper ! Il est par contre représenté dans le massif de l’Himalaya (et notamment au Népal) par plusieurs dizaines d’espèces, mais pas par L. alpinum. Vous rencontrerez donc assez fréquemment dans ces régions (disons entre 3 000 et 5 000 m) des plantes qui ont « le look » de l’edelweiss avec ses feuilles et ses fleurs caractéristiques, mais qui n’en sont pas. Ainsi, par exemple, celles qui apparaissent sur les photos suivantes (sans doute L. jacotianum et L. nepalensis fanées, vu la saison avancée : octobre 2008 et 2010) :

Tant que nous sommes dans les considérations botaniques, arrêtons-nous un instant sur les célèbres fleurs de l’edelweiss. Chaque « fleur » est en fait constituée de 2 à 10 capitules indépendantes caractéristiques des astéracées (comme le pissenlit ou le chardon) rassemblées en ombelle et entourées de grandes bractées blanches fortement veloutées qui sont des feuilles particulières situées immédiatement sous les fleurs et donc pas des pétales. Ces dernières ne se fanent que très tardivement de sorte que, si on n’y regarde pas de trop près, l’aspect de la fleur se maintient longtemps après la floraison.

Mais la flore alpine ne se résume pas à l’edelweiss. Parmi les multiples espèces qui ornent nos montagnes se trouve, entre autres, la gentiane acaule (ou gentiane de Koch) Gentiana acaulis L. qui figure sur le sigle du CAB. Pour la petite histoire, ce dernier était constitué à l’origine (depuis la fondation en 1883) d’un entrelacement assez académique, bien caractéristique de la mode à la fin du XIXème siècle, des trois lettres CAB. Mais en 1926, Paul Wissaert (présenté comme artiste-sculpteur à Bruxelles) a proposé un nouveau sigle présentant la gentiane en question (1). Ce sigle n’apparaît cependant systématiquement sur les publications du CAB que vers le milieu des années 30.

Contrairement à l’edelweiss, il existe plusieurs espèces de gentianes très proches de G. acaulis qui pourraient vous induire en erreur, mais là n’est pas l’important !  Terminons en signalant qu’il y a aussi de nombreuses espèces de gentianes en Himalaya : par exemple Gentiana depressa (D. Don) qui figure sur la photo suivante (octobre 2008, vers 4 500 m) :

Pourquoi ne pas profiter des montées en refuge ou de jours maussades qui ne permettent pas de grimper pour découvrir la flore de nos montagnes et, en tout cas, les plantes les plus caractéristiques ? Vous verrez, la montagne vous paraîtra encore plus belle ! Pour vous aider, nos collègues du CAS (très sensibles aux questions environnementales) ont publié Notre flore alpine, une excellente flore accessible aux non spécialistes (identification à l’aide de clés simplifiées et de photos de très bonne qualité) (2). L’ouvrage contient en outre un texte d’une centaine de pages sur l’écologie du milieu alpin en général. Le guide des fleurs de montagne de Christopher Grey-Wilson et Marjorie Blamey (3) est lui aussi très facilement abordable. Il est cependant illustré d’aquarelles qui sont fort belles, mais qui n’ont pas la précision de la photo. Pour ceux qui préfèrent le web, je suggère notamment le site www.florealpes.com lui aussi facilement accessible (mais moins commode à consulter sur le terrain !)

Remerciements

Je remercie Marianne Coupatez pour une relecture constructive de cet article.

Bibliographie sommaire

(1) Bulletin du CAB. 2ème série, n°2 mars 1926 pp.60-62.

(2) E. Landolt & D. Aeschimann. Notre flore alpine. Édition du Club Alpin Suisse, 2005.

(3) C. Grey-Wilson & M. Blamey. Guide des fleurs de montagne.  Delachaux et Niestlé, 2006.