International trad meeting en Italie

International trad meeting en Italie

International Trad Meeting en Italie pour les niveaux 3.

De retour d’Italie, j’ai envie de partager avec vous certains instants vécus là bas.Tout d’abord, il faut comprendre le contexte. Je fais partie de la formation niveau 3 du Club Alpin Belge ; c’est le niveau le plus élevé. Cette formation vise à avoir l’équivalence du brevet d’État français. Pour y accéder, il faut avoir réussi les deux premiers niveaux et fait un palmarès de voies en terrain d’aventure ainsi que de voies sportives. Le niveau exigé est de 7a à vue en escalade sportive et 6b en trad.

Un stage d’une semaine en terrain d’aventure fait donc partie de notre cursus de formation. Cette année, vu l’expérience déjà bien développée de certains membres du groupe, le Club Alpin a décidé de nous intégrer au Trad Climbing Meeting en Italie dans le Val D’Orco (http://www.tradclimbing.it).

Le Val d’Orco se situe dans le magnifique parc national du Grand Paradis, à proximité de Turin. Le rassemblement est composé d’une cinquantaine de grimpeurs et d’une poignée de cinq ou six grimpeuses. Chaque pays peut envoyer un ou deux représentants. L’organisation nous a donc fait une fleur en acceptant notre groupe de sept. Les grimpeurs viennent de tous les coins du monde, Allemagne, Suède, France, Amérique, Angleterre, etc., et sont pour la plupart dans le très haut niveau.

L’accueil est fantastique, nous recevons un welcome pack avec du matériel ainsi que le nouveau topo, et sommes logés dans des appart-hôtels avec salle de bain et cuisine équipée. Chaque soir, nous mangeons dans un restaurant différent, toujours à proximité, et le petit déjeuner est pris dans la salle commune, c’est l’occasion de rencontrer les autres, de pratiquer son anglais, mais aussi de goûter aux merveilleux produits régionaux. Les soirées, nous visionnons des slideshows montrant l’historique de la vallée ou des ascensions de grimpeurs de haut niveau.

Tous les matins, Mauro, l’un des deux organisateurs principaux, affiche une feuille avec le choix des cordées et le nom de la voie qui nous est destinée pour la journée. Nous sommes toujours accompagnés d’un grimpeur de la région.

L’escalade traditionnelle ou en terrain d’aventure est différente de l’escalade sportive. Les points de progression dans lesquels nous plaçons les dégaines ne sont pas mis en place sur le rocher. Nous utilisons des friends et des coinceurs que nous glissons dans les aspérités du rocher pour nous sécuriser. Le granit dans la région du Val d’Orco est bien compact et se prête parfaitement à cette pratique. Les relais, eux, sont équipés.

Le premier jour, ma voilà partie dans la voie « Via Dei Tempi Moderni » avec Marie-Lyse, la seule accompagnatrice Italienne. La cotation de la voie est de 6c+ et il y a 6 longueurs. Le massif du caporal est remarquablement beau, c’est le Yosemite en miniature. La première longueur est aérienne, en traversée sur de gros piliers, je prends mes marques. La voie est superbe et je prends du plaisir à placer mes protections dans un rocher aussi compact. Une longueur en 6c est équipée de plaquettes, car c’est une dalle bien lisse où il n’est pas possible de se protéger. La voie roule bien, la dernière longueur en 6c est physique.

Le deuxième jour, je vais dans « Nicchia Delle Torture » dans le massif du Sergent. La première longueur est un 6b, dalle super technique, et la deuxième un 6b dans une fissure. Elle commence par un rétablissement sur un monticule d’herbe et après il faut se coincer les mains et les pieds en alternance dans la fissure. C’est ma première rencontre avec les crags et ce n’est pas gagné. Lorsque mon compagnon de cordée italien me voit prendre la fissure en dulfer, il ouvre des yeux ahuris. Ma méthode lui paraît extrême. Je m’épuise, ce n’est pas efficace, mais c’est une gestuelle que je connais. Ensuite, une longueur en 6a sans histoire, puis nous décidons d’essayer une fissure en 7a qui est la dernière longueur de la voie « Cannabis ». Ça me paraît un autre monde, une autre dimension, les cotations ne sont plus à la même échelle dans ce style de grimpe. De retour au sol, j’observe Christina, une Américaine, qui randonne dans cette longueur : hop, main droite, tac, main gauche, un pied bien coincé dans la fissure, elle place une protection et continue en cadence. Je suis impressionnée. Je tente d’apprendre la technique des fissures dans des couennes, mais je ne suis pas convaincue d’être née avec un corps fait pour ça. Ça tord, ça tire, ça glisse, ça coince, ça fait mal, mais ça ne me fait pas avancer…

Le troisième jour, je me fais vraiment plaisir dans « Nautilus », une voie de 270 m en 6a. La première longueur est une bonne écaille, les sensations sont vraiment agréables lorsqu’on a plus la marge dans le niveau. Ça change tout d’être bien mis en appuis pour placer ses protections. Le soleil tape et la vue est magnifique. L’ambiance est conviviale, on croise d’autres cordées à mi-longueur sur une vire. On s’encourage, on vit les émotions avec les autres. Il y a deux possibilités dans la voie, soit une cheminée cotée plus facile, soit une sorte de traversée dans une fine fissure légèrement déversante. Je choisis cette deuxième et c’est magnifique, les pieds sont à plat, la fissure est juste bonne comme il faut et les protections faciles à placer. Superbe !

Le quatrième jour, c’est une voie bien physique, « Diedro Nanchez », qui m’attend : 6 longueurs en dièdre. Le niveau est de 6b, mais c’est dans un style qui ne laisse pas ou peu de place au repos c’est donc vraiment soutenu. C’est une classique, on y trouve de vieux pitons. La voie est fantastique, mais qu’est ce que j’ai eu peur… Est-ce la fatigue qui s’accumule ? Je place trop de protections au début de mes longueurs et il ne me reste plus rien pour la fin, j’ai du mal à engager. Andrea, mon compagnon de cordée, me crie en Italien : « Forte Virginie, grande Virginie ! ». J’ai confiance en lui, mais je dois prendre sur moi à chaque longueur. L’avant-dernière est vraiment particulière : une sorte de couloir évasé, ensuite une fine fissure, puis une dernière partie sur 4 m, très physique, dans une large fissure en dévers. Je suis de retour au sol avec soulagement.

Le cinquième jour, il pleut. Les locaux nous renseignent une falaise sportive pas trop loin. Sceptiques, nous nous rendons donc au massif de Bosco et c’est avec surprise que nous grimpons sur un très joli rocher tout à fait sec, malgré la pluie qui continue à tomber. Quelle joie de se retrouver dans un terrain de jeu connu, le plaisir de jouer avec une gestuelle familière. C’est étrange de voir par contre les autres grimpeurs qui évoluaient avec autant d’aisance dans les fissures avoir des difficultés dans ce style. J’enchaîne un 7a à vue, je m’amuse…

Le dernier souper est animé, le vin coule à flot, on rigole fort, on est heureux de cette semaine passée ensemble, pour moi, la pression se relâche, mission accomplie…

Virgine Binard